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Structurer un roman – Partie 2/2

Crédit photo : Dollar Gill sur Unsplash

Cet article est la continuation de Structurer un roman – Partie 1/2, publié précédemment, dans lequel nous avons présenté la structure en trois actes et le schéma narratif.

La difficulté pour l’auteur de gérer le milieu de l’histoire

Nous avons terminé l’article précédent en soulignant que ni la structure en trois actes ni le schéma narratif ne permettent de poser des jalons au sein de la partie centrale du roman (l’acte 2 – le milieu). Tout au plus sait-on que le protagoniste principal va être emporté dans un tourbillon de péripéties que vont l’amener de l’élément déclencheur au dénouement. Tenir le lecteur en haleine tout au long de ce qui constitue la partie la plus volumineuse du récit est une gageure. Il restera sur sa faim si la résolution du problème auquel le héros est confronté s’avère trop rapide et/ou trop simple. À l’opposé, il risque de se lasser si vous multipliez les péripéties et les fausses pistes à l’excès.

Dans cet article, nous allons voir quelques propositions qui peuvent aider un auteur à gérer la tension dramatique de manière maîtrisée tout au long du roman afin de ne pas finir avec un ventre mou.

L’option la plus simple : augmenter la tension dramatique à mi-parcours

Certains auteurs, comme Elizabeth George, suggèrent d’augmenter la tension dramatique au milieu de l’acte 2, donc à mi-parcours du roman, avec un événement inattendu, une nouvelle menace, etc. Il peut même s’agir d’un nouveau noeud dramatique qui va faire rebondir l’histoire avec un coup de théâtre ou un renversement de situation, ce qui est parfois qualifié de climax médian.

La méthode du flocon de neige

Randy Ingermanson, inventeur de la méthode du flocon de neige, se démarque de la structure en trois actes et suggère de structurer ses romans à partir de trois noeuds dramatiques et une fin, chacun de ces éléments se développant sur environ un quart du livre.

Les cinq éléments structurels de K.M. Weiland

C’est la présentation la plus détaillée (trop, diront certains) et la plus claire que j’ai trouvée dérivée de la structure en trois actes. Si vous lisez l’anglais sans problème, je vous conseille vivement de consulter les livres et le blog de K.M. Weiland qui constituent une mine de renseignements sur l’écriture.

Le résumé ci-dessous est tiré du petit livre THE FIVE SECRETS OF STORY STRUCTURE – How to Write a Novel That Stands Out disponible gratuitement sur le site de K.M. Weiland. L’acte 1 et l’acte 3 représentent chacun environ 25% du livre, l’acte 2 50%.

ACTE 1

L’accroche – 1%

Une phrase (ou un paragraphe) qui figure au tout début de l’histoire et doit capter l’attention du lecteur pour le convaincre de continuer.

L’événement déclencheur – 12%

C’est le tournant du premier acte, quand le personnage principal est confronté pour la première fois au conflit/problème principal de l’histoire.

L’événement clé (vers la fin de l’acte 1)

C’est ce qui implique de manière irrévocable le protagoniste avec le conflit/problème principal de l’histoire. C’est la fin du monde normal de l’acte 1.

Premier noeud dramatique – 25%

Parfois inextricablement lié à l’événement clé, il marque la fin de l’acte 1 et le début de l’acte 2.  Tout change pour le personnage principal, qui est obligé réagir face à la nouvelle situation.

ACTE 2

Première moitié de l’acte 2 – 25-50%

Le protagoniste est en mode réaction et tente de s’adapter à la nouvelle donne. De nombreux éléments (sur lui-même, ses buts,  l’antagoniste, le conflit principal) lui échappent encore.

Premier goulot d’étranglement – 37%

Le premier goulot d’étranglement doit fournir au protagoniste de nouveaux indices sur la nature du conflit principal.

Prise de conscience 37-50%

Le personnage principal est toujours en mode réaction, mais il commence à y voir plus clair.

Point médian – Second noeud dramatique – 50%Moment de vérité

Le point médian est le deuxième noeud dramatique et un moment de vérité. C’est là que tout change à nouveau pour le protagoniste, qui prend conscience de la véritable nature du conflit. Maintenant qu’il comprend la situation, il peut passer en mode action.

Deuxième moitié de l’acte 2 – 50-75%

Après le point médian, le personnage principal commence à prendre l’offensive et à ourdir ses propres plans contre l’antagoniste.

Deuxième goulot d’étranglement – 62%

Ce moment sert à rappeler ce qui est en jeu et la puissance de l’antagoniste.

62-75%

Le protagoniste est à l’offensive et semble sur le point de l’emporter.

ACTE 3

Troisième noeud dramatique – 75%

Nouveau renversement de situation pour le protagoniste, qui se retrouve en difficulté et se voit obligé de se remettre radicalement en cause.

Première moitié de l’acte 3 – 75-88%

C’est une phase de récupération et de profonde remise en question pour le personnage principal. Se remettra-t-il pour l’emporter ou  sombrera-t-il ?

Climax 88-98%

L’heure de la confrontation finale entre protagoniste et antagoniste a sonné. Le conflit doit être résolu une fois pour toutes, d’une façon ou d’une autre.

Point culminant – 98%

Situé très près de la fin du livre, c’est l’aboutissement de toute l’histoire et la fin du conflit. Pour être réussi, il doit inclure les critères suivants : pertinence, cohérence et résonance.

Résolution 98-100%

L’histoire est finie, la tension décroît et vient le moment de la conclusion. C’est l’occasion de mettre en valeur la résonance thématique du point culminant. Les lecteurs découvrent comment le personnage principal réagit à sa nouvelle situation.

Des modèles à utiliser avec précaution

Pour K. M. Weiland, « La structure de l’histoire est ce qui permet aux auteurs de créer des histoires qui marchent à chaque fois… de diagnostiquer et résoudre rapidement les  problèmes d’intrigue ». Ce travail réalisé en amont facilitera grandement l’écriture du premier jet et réduira l’étendue de la phase de réécriture. Les  modèles présentés dans cet article et le précédent peuvent donc vous aider à poser les fondations sur lesquelles la créativité et l’originalité s’exprimeront. Ils ne doivent pas pour autant se transformer en un carcan. On peut bien entendu jouer avec, les aménager, voire les transgresser (un récit sans résolution, par exemple), mais il est toujours préférable de le faire en connaissance de cause. Comme le résume Elizabeth George dans Mes secrets d’écrivain, « il n’y a pas de règles, il n’y a que des décisions raisonnées ».

Chronologie de l’histoire et chronologie du récit

Je termine en soulignant que tous les modèles présentés dans ces deux articles sur la structure sont linéaires, c’est-à-dire qu’ils suivent la chronologie des événements (donc de l’histoire) du début à la fin. Par contre, la chronologie du récit (ce que l’on raconte de l’histoire) peut être différente en fonction de type de narration. Le roman peut très bien commencer par la fin ou au milieu de l’histoire (in media res) et revenir ensuite en arrière par analepses (flash-backs), mais ceci est une autre histoire*…

Voilà, on se retrouve bientôt pour un nouvel article sur Vivre d’écriture. Si vous avez des questions ou des commentaires, n’hésitez pas.

Frédéric

* Je creuse un peu plus le sujet dans mon petit livre sur le schéma narratif et le schéma actanciel.

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